Les ingrédients cosmétiques sont les matières qui composent une formule, de la base aqueuse aux actifs jusqu’aux conservateurs qui gardent le produit sûr.
Pas besoin d’être chimiste pour construire une marque de cosmétiques. Mais il faut en savoir assez sur les ingrédients pour juger une proposition de formule venue d’un fabricant, repérer le discours marketing et décider en connaissance de cause de ce qui figurera sur votre étiquette.
La plupart des guides d’ingrédients en ligne s’adressent à deux publics.
Le premier public, c’est le formulateur, avec un niveau de chimie dont celui qui crée une marque n’a pas besoin. Le second, c’est le consommateur final qui lit le dos du flacon en essayant de décider s’il achète.
Ce guide ne s’adresse ni à l’un ni à l’autre. Il s’adresse à celui qui crée la marque, assis entre les deux, et qui essaie de bien décider sans se perdre dans la chimie.
Après 30 ans dans le secteur hair and beauty, plus récemment dans le private label cosmétique, je peux vous dire une chose.
La chimie reste du côté du fabricant.
Ceux qui prennent les meilleures décisions produit sont ceux qui apprennent à poser les bonnes questions.
C’est ce que ce guide va vous aider à faire.
De quoi une formule cosmétique est-elle faite ?
Toute formule cosmétique combine quatre types d’ingrédients, et connaître ces quatre catégories suffit pour la plupart des décisions qui reviennent au créateur de la marque. Les pourcentages ci-dessous sont des fourchettes typiques par catégorie, pas des chiffres à additionner : une formule qui se situe en haut de la fourchette de la base ne se situe pas aussi en haut de celle des actifs.
Les ingrédients de base. Eau, huiles, émulsionnants, épaississants. Ce sont eux qui donnent au produit sa texture et sa structure. Ils représentent en général 80 à 95 % de la formule en poids.
Pas passionnants, mais indispensables. Une bonne base est invisible pour le client, et pourtant c’est elle qui décide si le produit est agréable à utiliser.
Les actifs. Les ingrédients qui apportent le bénéfice promis. La vitamine C pour l’éclat. Le rétinol pour l’anti-âge. L’acide hyaluronique pour l’hydratation. L’acide salicylique pour l’exfoliation.
Ce sont eux dont votre marketing va parler. Ils représentent en général 1 à 10 % de la formule en poids.
Les conservateurs. Les ingrédients qui empêchent bactéries, levures et moisissures de se développer dans votre produit. Sans eux, un cosmétique à base d’eau ne reste pas sûr longtemps.
En général moins de 1 % de la formule. J’y reviens plus loin, car ils comptent plus que ne le croient les créateurs.
Les ingrédients sensoriels. Parfum, colorants, silicones, agents filmogènes. Ce sont eux qui façonnent l’expérience : l’odeur du produit, la façon dont il s’étale, le fini qu’il laisse sur la peau ou le cheveu.
Ils n’apportent pas le bénéfice principal, mais ce sont souvent eux qui décident si le client aime le produit ou non.
La performance d’un produit vient des actifs, l’expérience qu’il procure vient des ingrédients sensoriels. Ce qui décide du réachat, en général, c’est l’expérience, pas la performance.
Pourquoi le débat "naturel contre synthétique" est mal posé
Un mot sur un débat qui fait perdre beaucoup de temps aux créateurs.
Ils arrivent souvent au développement produit avec une position tranchée sur le naturel contre le synthétique.
"Je ne veux que du naturel." "Je veux que tout soit végétal." "Pas de produits chimiques."
Je comprends le réflexe. Il part d’une bonne intention, et sur certains segments les clients y tiennent vraiment.
Mais opposer naturel et synthétique n’aide pas à juger un ingrédient.
Un ingrédient d’origine naturelle peut être irritant, instable ou inefficace. Un ingrédient de synthèse peut être doux, bien toléré, et adossé à des décennies de données de sécurité.
Ce qui compte, c’est de savoir si l’ingrédient fait ce qu’il prétend, s’il est sûr à la concentration utilisée, et si la clientèle que vous visez se soucie de son origine.
Les bonnes questions sont celles-ci : est-ce que ça marche, est-ce que c’est sûr, et est-ce que mon client se soucie de l’origine ?
Certains segments de clientèle tiennent beaucoup à l’origine naturelle. Les acheteurs de clean beauty, le positionnement bio premium, certaines niches du soin. Pour eux, le naturel compte pour des raisons de marketing, même quand il ne change rien à la performance.
D’autres segments s’en moquent complètement. Ils veulent des résultats. Si un peptide de synthèse donne un meilleur résultat qu’un extrait botanique, ils paieront pour le peptide.
Alignez vos ingrédients sur ce à quoi votre client tient vraiment, pas sur ce qui sonne bien sur le papier.
Comment les actifs fonctionnent-ils vraiment ?
C’est sur les actifs que les créateurs dépensent le plus d’énergie, et c’est là que se loge le plus de confusion.
Il y a trois choses à savoir sur un actif avant de l’accepter dans une formule.
Quelle fonction remplit-il ? Est-il éclaircissant, hydratant, exfoliant, anti-âge, apaisant, ou autre chose ?
À quelle concentration est-il présent, et comment le reste de la formule est-il construit autour de lui ? Chaque actif a une concentration de référence à laquelle les fournisseurs de matières premières le disent efficace. Cette référence est un point de départ, pas une garantie. La formule entière autour de l’actif compte tout autant.
Quelles preuves étayent son usage ? Est-il adossé à des études cliniques, à une autorisation réglementaire, ou seulement au marketing du fournisseur ?
Tout fabricant qui propose un actif doit pouvoir répondre clairement à ces trois questions. S’il n’y arrive pas, ralentissez.
Ce qui compte comme "actif" et ce qui n’en est pas un
C’est là que commence l’essentiel de la confusion.
Fabricants et fournisseurs appellent parfois tout "actif". Un extrait végétal à 0,1 % devient un actif.
Un conservateur reçoit la même appellation.
Un composant de parfum aussi.
Au sens strict, un actif est un ingrédient qui apporte un bénéfice mesurable à la peau ou au cheveu quand il est appliqué à une concentration efficace.
Avec cette définition, l’essentiel de ce que les documents marketing appellent des actifs ne fait pas grand-chose au pourcentage utilisé.
Si un ingrédient est présent en dessous de 1 %, demandez quelles preuves étayent le fait qu’à cette concentration il apporte un bénéfice. Parfois la réponse est nette. Certains peptides et certains extraits botaniques marchent réellement à de très faibles pourcentages. Souvent, pourtant, la réponse révèle que l’ingrédient est là pour l’étiquette, pas pour la peau.
Le secteur appelle cela le "dusting". Une trace d’un ingrédient très vendeur sur l’étiquette, qui ne joue aucun rôle fonctionnel dans le produit.
C’est légal, et c’est courant. Il faut savoir le repérer.
La concentration est une référence, elle ne dit pas tout
C’est le point que la plupart des contenus destinés aux créateurs simplifient à l’excès.
Oui, chaque actif a une fourchette de concentration à laquelle on le sait efficace. Ces chiffres viennent du fournisseur de matière première et d’études indépendantes. C’est une vraie référence.
Mais la concentration seule ne décide pas si l’ingrédient fonctionne réellement dans le produit fini.
La façon dont l’actif est porté par la formule. La façon dont il est protégé de la dégradation. Le pH de la formule. Les autres ingrédients qui travaillent avec lui ou contre lui. Le système de délivrance, s’il y en a un, qui le fait entrer dans la peau ou courir le long du cheveu.
Tout cela décide si l’actif donne son plein potentiel, la moitié, ou presque rien.
Concrètement : un actif à 5 % dans une formule mal construite peut faire moins que le même actif à 1 % dans une formule bâtie correctement autour de lui.
Vous le constatez sans arrêt sur le marché. Deux sérums à la vitamine C affichant la même concentration se comportent très différemment à l’usage. Le chiffre sur la boîte est le même. La formule derrière, non.
C’est ainsi que fonctionne réellement la chimie cosmétique. N’importe quel formulateur sérieux vous dira la même chose.
Pour celui qui crée la marque, la règle est donc la suivante. Demandez la concentration. C’est une question juste et utile. Mais ne jugez pas une formule au seul pourcentage. Demandez aussi comment le reste de la formule soutient cet actif, et quelles preuves le fabricant a que le produit fini donne le résultat.
S’il peut répondre aux deux, la formule est probablement bien construite, quel que soit le chiffre exact.
Les ingrédients qui donnent vraiment des résultats (soin de la peau)
Ce sont les actifs que je vois réellement fonctionner dans les formules que j’ai évaluées ces 30 dernières années.
Cette liste n’est pas exhaustive. Il existe beaucoup d’autres actifs utiles, et de nouveaux apparaissent régulièrement. Ce sont ceux que la plupart des créateurs rencontreront et envisageront pour leur première formule.
Les fourchettes de concentration ci-dessous sont des points de repère, pas des règles absolues. Comme expliqué plus haut, la formule finie compte autant que le chiffre. Servez-vous de ces fourchettes pour poser les bonnes questions, pas pour juger une formule au pourcentage.
Actif
Fonction
Concentration efficace
Remarques
Rétinol et rétinoïdes
Anti-âge, texture
Plafond de 0,05 % ER dans la lotion pour le corps, 0,3 % ER dans les autres produits UE
Le plus étudié, peut irriter. L’annexe III le plafonne, voir plus bas
Niacinamide
Éclat, barrière
2 % à 5 %
Bien toléré
Vitamine C (LAA)
Antioxydant, éclat
10 % à 20 %
Sensible à la formulation
Acide hyaluronique
Hydratation
0,1 % à 2 %
Le multipoids fait mieux que le poids unique
Acide salicylique (BHA)
Exfoliation, contrôle du sébum
0,5 % à 2 %
Agit à l’intérieur du pore
Acide glycolique (AHA)
Exfoliation, éclat
5 % à 10 %
Action de surface
Peptides
Anti-âge, barrière
Variable selon le type
Vaste famille d’ingrédients
Céramides
Soutien de la barrière
0,5 % à 2 %
Bons pour les peaux sèches et sensibles
Chacun est expliqué ci-dessous, avec le cas où il mérite vraiment sa place sur l’étiquette.
Rétinol et rétinoïdes. Anti-âge, antirides, amélioration de la texture. L’actif anti-âge le plus étudié de la cosmétique, et celui où le chiffre de l’étiquette américaine et le chiffre que vous pouvez porter sur une étiquette européenne ne sont pas les mêmes. L’entrée 376 de l’annexe III du règlement (CE) n° 1223/2009 plafonne le rétinol à 0,05 % d’équivalent rétinol (ER) dans la lotion pour le corps et à 0,3 % ER dans les autres produits sans rinçage et à rincer, et tout produit contenant du rétinol, de l’acétate de rétinyle ou du palmitate de rétinyle doit porter la mention "Contient de la vitamine A. Tenez compte de votre apport quotidien avant utilisation". Une formule UE se mesure donc au plafond de sa propre catégorie, et les sérums à 0,5 % et à 1 % que vous voyez commercialisés sont des produits américains qui ne peuvent pas être mis sur le marché de l’UE. Peut être irritant en haut de la fourchette, surtout pour un premier usage.
Niacinamide. Éclat, réduction des rougeurs, soutien de la barrière. Efficace de 2 % à 5 %. Bien toléré par la plupart des types de peau. L’un des actifs les plus polyvalents qui existent.
Vitamine C (acide L-ascorbique). Antioxydant, éclat, soutien du collagène. Efficace de 10 % à 20 %. Instable en formulation : la concentration affichée n’égale pas toujours la concentration qui arrive à la peau. La qualité de la formulation compte énormément ici.
Acide hyaluronique. Hydratation. Efficace de 0,1 % à 2 % selon le poids moléculaire. Les différents poids moléculaires pénètrent des couches différentes de la peau. Les formules multipoids font en général mieux que les formules à poids unique.
Acide salicylique (BHA). Exfoliation, aide sur l’acné, contrôle du sébum. Efficace de 0,5 % à 2 %. Agit à l’intérieur du pore, donc utile pour les peaux grasses et à tendance acnéique.
Acide glycolique (AHA). Exfoliation, éclat, texture. Efficace de 5 % à 10 % dans les produits sans rinçage. Agit à la surface de la peau. Peut irriter s’il est introduit trop vite.
Peptides. Anti-âge, soutien de la barrière, hydratation. Les concentrations efficaces varient selon le type de peptide. Une catégorie large, qui couvre des dizaines de molécules différentes, des plus étudiées (Matrixyl, Argireline) aux plus récentes (peptides de cuivre, peptides signal), moins documentées.
Céramides. Soutien de la barrière, rétention de l’hydratation. Efficaces de 0,5 % à 2 %. Ils agissent en renforçant la barrière lipidique naturelle de la peau. Utiles pour les peaux sèches et sensibles.
Les ingrédients qui donnent vraiment des résultats (cheveux)
Même principe que plus haut : un jeu de départ, pas le tableau complet. Ce sont les plus pertinents pour un premier lancement capillaire.
Protéines hydrolysées (blé, soie). Réparation temporaire de la structure du cheveu abîmé. Améliorent la douceur et la brillance. Efficaces de 1 % à 5 %.
Silicones (diméthicone, amodiméthicone). Brillance, glisse, coiffabilité, contrôle des frisottis. Efficaces de 1 % à 5 %. Très critiqués par le marketing de la clean beauty, mais réellement efficaces sur la plupart des types de cheveux. L’allégation "sans silicones" est une position de marketing, pas une position de performance.
Agents conditionneurs cationiques. Démêlage, douceur. Indispensables à tout après-shampooing. En général de 1 % à 3 %.
Panthénol (provitamine B5). Rétention de l’hydratation, brillance. Efficace de 1 % à 5 % en capillaire, à des concentrations plus basses en soin de la peau.
Huile d’argan, huile de jojoba, huile de coco, beurre de karité. Nutrition, brillance, conditionnement. Efficaces en pourcentage de la phase huileuse de la formule. La pénétration varie beaucoup. Argan et jojoba sont légers. Coco et karité sont plus lourds.
Kératine (hydrolysée). Force et lissage temporaires pour cheveux abîmés. Efficace de 1 % à 3 %. Ne reconstruit pas structurellement le cheveu, mais améliore le toucher et l’aspect.
Caféine, biotine, extrait de pousse de pois (vendu sous des noms commerciaux comme AnaGain). Lutte contre la chute, soutien de la pousse. Les preuves cliniques sont plus minces que pour les actifs du soin de la peau. Certains montrent des effets modestes à la bonne concentration.
À quoi ressemble un ingrédient "à la mode"
Après 30 ans, je repère en général quand un ingrédient est vendu à un créateur pour des raisons de marketing plutôt que de performance. Cinq schémas reviennent sans cesse.
Nouveau sur le marché, avec des promesses spectaculaires. Si un ingrédient a été "découvert" il y a six mois et qu’on le vend déjà comme la prochaine révolution, attendez. Les actifs les plus fiables ont des décennies d’études cliniques derrière eux.
Des bénéfices décrits de façon vague ou extraordinaire. "Inverse le vieillissement cutané." "Régénère la matrice cellulaire." "Stimule l’activité des cellules souches." Plus la promesse est spectaculaire, plus il faut être prudent.
Les meilleurs actifs sont les ennuyeux. Ceux qu’on utilise depuis des décennies, avec des concentrations établies et des résultats prévisibles. Nouveau ne veut pas dire meilleur. Cela veut souvent dire cher et non prouvé.
Aucune concentration minimale efficace annoncée. Si un fournisseur ne sait pas vous dire à partir de quelle concentration son ingrédient commence à agir, il n’y a probablement pas de vraies données derrière.
Des noms de marque déposés sans l’INCI derrière. "AscoBoost", "YouthPlex", "DermaRenew". Ce sont des noms commerciaux, pas des ingrédients. L’ingrédient lui-même est toujours un composé INCI connu. Demandez de quoi il s’agit vraiment.
Un recours massif aux études in vitro ou de laboratoire. Une étude qui montre qu’un ingrédient agit sur des cellules en boîte de Petri ne prouve pas qu’il agit sur une peau humaine dans un produit fini. La référence, ce sont les études cliniques sur des personnes.
Au-delà des actifs : quoi d’autre regarder dans une formule
Les actifs attirent toute l’attention. Deux catégories que les créateurs négligent régulièrement finissent par causer plus de problèmes que les actifs n’en causeront jamais.
Les conservateurs : l’ingrédient le plus important que vous ne vendrez jamais
Les conservateurs empêchent bactéries, levures et moisissures de se développer dans votre produit.
Sans eux, un cosmétique à base d’eau devient dangereux en une semaine ou deux. Dangereux concrètement, avec une contamination microbienne réelle qui peut provoquer des infections cutanées et des lésions oculaires.
Tout cosmétique qui contient de l’eau exige un système conservateur. La seule vraie question, c’est lequel.
Les parabènes (méthylparabène, propylparabène). Très efficaces, très étudiés, peu coûteux.
La perception publique est mauvaise, à cause d’une controverse vieille de plusieurs décennies sur la perturbation endocrinienne que les études plus récentes n’ont, pour l’essentiel, pas confirmée.
Toujours largement utilisés, malgré le rejet marketing.
Le phénoxyéthanol. À large spectre et de synthèse. Courant dans les positionnements clean beauty, ce qui n’est pas la même chose que naturel : les référentiels naturels et bio l’excluent. Peut être irritant à concentration élevée.
L’alcool benzylique associé à l’acide déhydroacétique. Des options de synthèse fréquentes dans les formules clean. Moins efficaces contre certains micro-organismes, donc à des concentrations plus élevées ou en association.
Les systèmes à acides organiques (benzoate de sodium, sorbate de potassium). Ils fonctionnent au mieux dans des plages de pH précises. Spectre limité, mais acceptables dans un positionnement naturel.
Les produits "sans conservateur". Soit ils sont à base d’huile et sans eau (techniquement stables sans conservateur), soit ils reposent sur des systèmes antimicrobiens alternatifs qui fonctionnent ou non, soit l’allégation est trompeuse.
Un produit à base d’eau réellement sans conservateur n’est pas sûr.
Sachez quel système conservateur votre formule utilise, et pourquoi. Sachez quels arbitrages il implique.
Si le fabricant ne sait pas l’expliquer clairement, c’est un signal d’alarme.
Le parfum : l’ingrédient qui fait racheter, plus que les actifs
Le parfum est l’une des causes les plus fréquentes de réactions allergiques en cosmétique.
C’est aussi le premier moteur du réachat.
Les gens rachètent un produit parce qu’ils ont aimé son odeur. S’ils le recommandent, c’est parce que le parfum les a marqués. Et ils continuent d’associer une marque à une odeur précise pendant des années.
Traitez le parfum de votre produit comme une décision stratégique.
Trois directions sont possibles.
Le parfum signature. Développé sur mesure, en général par une maison de composition, propre à votre marque. Coûteux, mais il crée une vraie identité. Plutôt pour un positionnement premium.
Le parfum de catalogue. Choisi dans le catalogue existant d’un fournisseur de parfums. Coût modéré. Couvre bien la grande majorité des cas, et s’associe facilement aux formules en approche hybride.
Le sans parfum. Nécessaire pour un positionnement peaux hypersensibles, pour des clients réellement sensibles aux parfums, ou pour certaines certifications. Plus difficile à faire percevoir comme premium, parce que le parfum porte une grande partie de la qualité ressentie.
La mention des allergènes est obligatoire sur les étiquettes de l’UE et du Royaume-Uni pour les allergènes de parfum. Juste avant le règlement (UE) 2023/1545, il y en avait 24, aux entrées 45 et 67 à 92 de l’annexe III. Dans le texte consolidé au 1er mai 2026, 81 entrées de l’annexe III portent cette obligation de mention individuelle, ce qui est un décompte d’entrées à une date donnée et non un décompte de substances : une entrée peut en couvrir plusieurs. Un produit qui ne répond pas aux nouvelles entrées pouvait être mis sur le marché de l’UE jusqu’au 31 juillet 2026, et les stocks déjà mis sur le marché peuvent encore être mis à disposition jusqu’au 31 juillet 2028.
Votre fabricant et la personne chargée de l’évaluation de la sécurité s’occuperont de la mention. Vous n’avez pas à mémoriser la liste. Ce que vous devez savoir, c’est que la règle UE a changé, et que si vous lancez dans l’UE vous devez confirmer avec votre fabricant que votre étiquette est construite sur la liste élargie, pas sur l’ancienne. La Grande-Bretagne n’a pas adopté le 2023/1545 et l’Irlande du Nord suit la règle de l’UE : une étiquette de Grande-Bretagne construite sur la liste de l’UE est un choix, pas une obligation. Une étiquette imprimée à l’ancien standard qui entre sur le marché de l’UE, c’est une réimpression coûteuse.
Certains segments de clientèle filtrent aussi les allergènes de parfum : la transparence sur ce point sert donc souvent le positionnement autant que la conformité.
Comment lire une proposition de formule envoyée par un fabricant ?
Quand un fabricant vous envoie sa proposition de formule, vous recevez quelque chose qui ressemble à ceci : une liste d’ingrédients au format INCI, chacun avec un pourcentage à côté, parfois avec des notes.
On n’attend pas de vous que vous jugiez la chimie. On attend que vous vérifiiez que la proposition correspond à ce que vous avez demandé dans votre brief de concept.
Posez ces questions à chaque fois.
Les actifs clés sont-ils à des concentrations qui comptent, et la formule les soutient-elle ?
Si votre brief disait "sérum à la vitamine C" et que la formule affiche 0,5 % d’acide ascorbique, c’est un signal pour poser d’autres questions.
Demandez quelle concentration est présente. Demandez comment le reste de la formule soutient cet actif. Demandez quelles preuves le fabricant a que le produit fini donne le résultat.
Une concentration basse peut se justifier si la formule est construite soigneusement autour d’elle. Mais le fabricant doit pouvoir expliquer pourquoi. S’il ne sait pas l’expliquer, c’est là le vrai signal d’alarme, pas le chiffre lui-même.
Quel est le système conservateur, et correspond-il au positionnement ?
Une marque de clean beauty demande un système conservateur compatible avec ce positionnement. Une marque de circuit pharmacie peut très bien vivre avec des parabènes.
Vérifiez la cohérence.
Le parfum vient-il d’un catalogue ou est-il signature, et figure-t-il dans mon brief ?
Si vous n’avez rien demandé sur le parfum et que la formule en contient un, demandez lequel, pourquoi, et quels allergènes il contient.
La formule tient-elle les allégations que j’ai demandées ?
Si vous avez briefé "vegan" et qu’un des ingrédients ne l’est pas, toute l’allégation tombe.
Si vous avez briefé "sans sulfates" et que le nettoyant contient du SLS, le positionnement s’effondre.
Y a-t-il dans la formule des ingrédients que je n’ai pas demandés ?
Parfois ils sont nécessaires (émulsionnants, stabilisants). Parfois ce sont des ajouts marketing que le fabricant a glissés pour que l’étiquette fasse impression.
Renseignez-vous sur chacun.
Le fabricant ne cherche pas à vous tromper.
Mais il construit à partir du brief que vous lui avez donné, avec les choix de routine que son laboratoire a l’habitude de faire.
Votre travail consiste à repérer les écarts entre ce que vous avez demandé et ce qu’il a livré.
Quand contester une formule
Pour contester efficacement, il faut la liste de questions ci-dessus et la volonté de les poser, pas des connaissances en chimie.
Contestez tout actif dont la concentration paraît trop faible, jusqu’à ce que le fabricant explique pourquoi cette concentration fonctionne dans cette formule précise.
Contestez tout ingrédient qui entre en conflit avec une allégation de votre brief.
Contestez tout ingrédient que vous n’avez pas demandé et dont vous ne comprenez pas l’utilité.
Contestez tout système conservateur qui ne correspond pas à votre positionnement.
Un bon fabricant accueillera ces questions avec plaisir. Il expliquera ses choix, ajustera là où c’est raisonnable, et vous apprendra en chemin ce que vous devez savoir. C’est un travail de développement normal.
Un fabricant qui se met sur la défensive, vous balaie ou s’agace quand vous posez des questions de base sur la formule est un signal d’alarme plus important que la formule elle-même.
Choisir des ingrédients qui collent à votre marque
Les bons ingrédients pour votre formule dépendent de votre client cible, de votre positionnement et de votre prix, pas de ce qui est à la mode ni de ce que votre fabricant propose par défaut.
Trois principes pratiques.
Ajustez la complexité des ingrédients au positionnement de la marque.
Une marque anti-âge premium peut justifier un empilement complexe d’actifs, avec peptides, rétinol et système de délivrance spécialisé.
Une marque d’usage quotidien à prix serré gagne à avoir une formule plus simple, avec un actif héros bien choisi.
La complexité pour la complexité ne crée aucune valeur.
Choisissez les actifs que votre marketing peut réellement porter.
Un actif qui exige trois paragraphes d’explication pour être compris n’est pas un bon actif de marque.
Un actif qui renvoie immédiatement à un bénéfice reconnaissable (le rétinol pour les rides, l’acide hyaluronique pour l’hydratation, l’acide salicylique pour les imperfections) travaille pour vous dans les publicités, dans les descriptions produit et en rayon.
Construisez la formule pour le client, pas pour la liste d’ingrédients.
Certains créateurs veulent tous les actifs à la mode dans leur produit, parce que cela fait impression au dos du flacon.
Cela produit en général une formule qui ne fait rien de particulièrement bien.
Une formule resserrée, avec deux ou trois actifs bien dosés, fait systématiquement mieux qu’une formule fourre-tout avec dix actifs sous-dosés.
Pour situer le produit dans l’ensemble de ce qui fait marcher une marque, voyez l'article sur la règle 30/70.
Les meilleurs créateurs avec qui j’ai travaillé pensent les ingrédients comme un bon chef pense ses produits.
La qualité compte, mais c’est l’exécution qui fait le plat.
Choisissez des ingrédients qui servent le produit que vous construisez, pas le produit qui, selon vous, impressionnera les autres gens du métier.
L’ingrédient héros : quels actifs mettre sur l’étiquette ?
La plupart des produits cosmétiques ont un, deux ou trois ingrédients héros, parfois un complexe, qui font l’essentiel du travail marketing.
Ce sont les actifs que vous mettez en avant sur la face du pack, dans la description produit, dans les textes publicitaires. Ils sont choisis dans la liste INCI complète pour leur attrait marketing, pas seulement pour leur fonction.
Tout produit demande des ingrédients héros (sauf si vous décidez de n’en mettre aucun en avant, ce qui est aussi une approche valable, j’y reviens à la fin).
Le statut de héros va aux actifs que le client reconnaîtra ou qui l’intrigueront. Jamais aux conservateurs, aux émulsionnants ni à la base fonctionnelle, même si ceux-ci sont indispensables à l’existence du produit.
Deux approches stratégiques comptent ici.
Première approche : des ingrédients héros connus et familiers.
Vous choisissez un à trois actifs que le grand public reconnaît déjà. Acide hyaluronique. Niacinamide. Rétinol. Vitamine C. Peptides. Acide salicylique.
Ce sont des ingrédients que d’autres marques utilisent aussi, y compris vos concurrents, ce qui peut sembler un désavantage. Ce n’en est pas un.
L’avantage, c’est la vitesse de compréhension. Le client lit "acide hyaluronique" et pense immédiatement hydratation. Il voit "acide salicylique" et fait le lien avec les imperfections.
Vous n’avez pas à lui apprendre ce que fait l’ingrédient. Il le sait déjà.
La publicité va plus vite, les descriptions produit sont plus courtes, la conversion est plus facile. En contrepartie, vous vous battez sur un terrain où tout le monde se bat aussi. Vous gagnez sur la marque, le positionnement et l’exécution, pas sur l’ingrédient lui-même.
Deuxième approche : des ingrédients héros nouveaux ou peu connus.
Vous choisissez des actifs dont la plupart des consommateurs n’ont jamais entendu parler. Un peptide récent. Un extrait botanique précis. Un actif issu du biotech. Un ingrédient au nom marquant.
La contrepartie s’inverse. Vous devez apprendre au client ce qu’est cet ingrédient et ce qu’il fait. Votre marketing réclame plus de place pour expliquer.
Mais en échange, vous obtenez un angle de communication que personne d’autre n’a. Vous pouvez positionner le produit comme nouveau, avancé, différent de ce dont tout le monde parle.
Pensez au niacinamide il y a quatre ou cinq ans. C’était déjà un actif sérieux, mais le grand public ne le connaissait pas. Les marques qui l’ont mis en avant ont pu raconter l’histoire d’un ingrédient "nouveau". Le rétinol a suivi la même trajectoire il y a trente ans.
Les premières marques à adopter un actif peu connu construisent l’histoire autour de lui. Quand l’actif devient courant, leur marque lui est déjà associée.
Les deux approches fonctionnent. Le choix dépend de ce dont votre marque a besoin : une conversion plus rapide avec un actif connu, ou une différenciation plus forte avec un actif nouveau.
Une troisième option : aucun ingrédient héros dans le marketing.
Certaines marques choisissent de ne mettre en avant aucun ingrédient précis. La liste d’ingrédients reste sur le pack, puisqu’elle doit y être, mais la face avant ne parle que de l’action et du bénéfice : "une peau visiblement plus lisse en 14 jours", "réparation en profondeur pour cheveux abîmés".
Cela fonctionne quand la marque est assez forte pour porter la promesse sans avoir besoin d’un ingrédient comme preuve. C’est une approche moins courante, mais légitime.
L’ingrédient héros est d’abord une décision de marque et de marketing, et seulement ensuite une décision de formulation.
Le formulateur vous dira ce qui est techniquement possible. La façon dont le produit se loge dans la tête du client, c’est à vous de la façonner.
Par où continuer
Quelques repères pratiques avant de fermer cet onglet.
Apprenez les 10 à 15 actifs principaux de votre catégorie. Rétinol, niacinamide, vitamine C, acide hyaluronique, acide salicylique, acide glycolique, peptides, céramides pour le soin de la peau. Silicones, protéines hydrolysées, conditionneurs cationiques, panthénol, huile d’argan, kératine pour le capillaire. Au départ, vous n’avez pas besoin d’en savoir plus.
Apprenez les options de conservateurs pertinentes pour votre positionnement, surtout si vous êtes positionné clean beauty ou naturel.
Ne perdez pas des heures à mémoriser les noms de composés INCI. Le fabricant les connaît. Votre travail est d’évaluer la proposition qu’il vous envoie au regard du brief que vous lui avez donné.
Si ce n’est pas déjà fait, lisez le guide du concept de produit cosmétique. Il explique comment structurer la conversation avec un fabricant pour obtenir une formule qui colle vraiment à votre marque.
Une dernière chose.
Ceux qui prennent les meilleures décisions d’ingrédients sont ceux qui savent ce qu’ils veulent que le produit fasse pour le client, et qui posent assez de questions au fabricant pour vérifier que la formule le fait.
Les ingrédients sont les fondations. C’est la marque que les gens achètent. Votre travail de créateur est de vous assurer que les fondations soutiennent la marque que vous construisez, et non l’inverse.
Questions fréquentes
Combien d’ingrédients une formule cosmétique doit-elle contenir ?
Cela varie selon le type de produit, mais une bonne règle est celle-ci : le moins possible pour obtenir le résultat, plus ce qu’il faut pour que la formule tienne. Un sérum peut compter 10 à 15 ingrédients. Une crème, 20 à 30. Un shampooing, 15 à 25. Les formules de plus de 50 ingrédients sont souvent le résultat d’un empilement de tous les actifs à la mode, plutôt que d’une sélection soignée.
Quelle différence entre un nom INCI et un nom commercial ?
Le nom INCI est le nom international normalisé qui figure sur votre étiquette et sert dans les documents réglementaires. Ascorbic Acid, par exemple, est un nom INCI. Le nom commercial est la version de marque de cet ingrédient, vendue par un fournisseur précis. Le même Ascorbic Acid peut se vendre sous les noms AscoBoost, C-Plex ou VitaGlow-C selon le fournisseur. Quand vous jugez une formule, demandez toujours la liste INCI, pas seulement les noms commerciaux.
Les ingrédients naturels sont-ils plus sûrs que les ingrédients de synthèse ?
Pas automatiquement. Les ingrédients naturels peuvent provoquer des allergies, des irritations ou de l’instabilité, tout comme les ingrédients de synthèse. Le sumac vénéneux est naturel. La question est de savoir si un ingrédient précis, à une concentration précise, dans une formule précise, est sûr pour l’usage prévu. La sécurité tient à la formulation, pas au fait que l’ingrédient ait été cultivé ou synthétisé.
Que veut dire vraiment "cliniquement prouvé" pour un ingrédient cosmétique ?
Cela dépend de l’étude. "Cliniquement prouvé" peut désigner aussi bien un essai rigoureux en double aveugle sur un panel représentatif qu’une petite étude interne réalisée par le fournisseur de l’ingrédient. Demandez la conception de l’étude, la taille de l’échantillon, et si elle a porté sur le produit fini ou seulement sur la matière première. L’écart entre les deux est souvent considérable.
L’ordre des ingrédients sur l’étiquette m’indique-t-il la concentration ?
En gros, oui. La liste des ingrédients est établie dans l’ordre décroissant de leur importance pondérale au moment de leur incorporation dans le produit. Les ingrédients dont la concentration est inférieure à 1 % peuvent être mentionnés dans le désordre après ceux dont la concentration est supérieure à 1 %. Les cinq à sept premiers ingrédients vous disent donc ce qui est le plus concentré. En dessous, l’ordre ne révèle plus grand-chose.
Comment savoir si un actif est à une concentration suffisante pour agir ?
Demandez au fabricant quelle concentration est présente. Ce chiffre est une référence de départ, pas une réponse définitive. Ce qui compte tout autant, c’est la façon dont le reste de la formule soutient cet actif : le système de délivrance, le pH, les autres ingrédients qui travaillent avec lui ou contre lui, la stabilité sur la durée de conservation. Un actif à une concentration plus basse dans une formule bien conçue peut faire mieux que le même actif à une concentration plus élevée dans une formule mal conçue. Demandez la concentration, mais demandez aussi au fabricant d’expliquer comment la formule donne le résultat. S’il sait expliquer les deux clairement, la formule est probablement bien construite, quel que soit le chiffre exact sur la ligne des pourcentages.
Peut-on se fier aux allégations "sans", du type "sans sulfates" ou "sans parabènes" ?
Le plus souvent oui, parce qu’une allégation fausse de ce type expose la marque à un risque juridique et réglementaire. Mais vérifiez en lisant la liste INCI. "Sans sulfates" doit vouloir dire ni sodium lauryl sulfate, ni sodium laureth sulfate, ni composé sulfaté similaire. "Sans parabènes" doit vouloir dire ni méthylparabène, ni propylparabène, ni parabène apparenté. Si vous les voyez dans la liste INCI d’un produit "sans", l’allégation est fausse et la marque a un problème.
L’IA a transcréé cette page à partir de l’original anglais, et vérifié les termes réglementaires sur la version officielle du règlement en français. Lire l’original anglais
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